L'engagement du chef de guerre Chamil Bassaïev en Azerbaïdjan



Par Khatchig M.

Traduction Louise Kiffer

     Le 10 juillet 2006, le chef de la guérilla tchétchène Chamil Bassaïev fut tué dans le village d'Ekazhevo en Ingouchie. Célèbre pour sa responsabilité dans le siège du Théâtre de Moscou (octobre 2002) et le siège de l'école de Beslan (septembre 2004) Bassaïev était l'homme le plus recherché de Moscou, et un héros national pour de nombreux Tchétchènes. Son engagement en Abkhazie, en Afghanistan et en Russie est bien étayé sur des documents. On a peu écrit cependant sur le bref engagement de Bassaïev au Nagorno Karabakh au début des années 1990. On pourrait trouver des miettes d'information et des extraits de sa participation à la guerre du Karabakh aux côtés des Azéris, textes dispersés dans des rapports d'informations, des interviews et commentaires publiés à l'époque dans les média azéris, arméniens et russes.

Djihad au Karabakh

Bassaïev est arrivé en Azerbaïdjan avec son unité à une certaine époque du début des années 1990 pour combattre contre l'armée du Karabakh aux côtés des Azéris, soi-disant suite à une invitation officielle de Bakou. La date exacte de son arrivée s'est révélée difficile à spécifier par l'auteur de cet article, vu le peu d'information disponible dans les rapports du conflit.

     Pendant et après la guerre, les personnalités politiques ont souvent refusé de commenter l'engagement de Bassaïev. Par exemple, dans une interview du chef de l'opposition tchétchène, Movladi Udugov, publiée dans "Golos Armenii" le 28 juillet 1999, l'ex Premier Ministre fut interrogé sur le caractère de la réalité des rumeurs selon lesquelles les détachements tchétchènes dirigés par le commandant Chamil Bassaïev et par Ruslan Gelaïev avaient pris part à la guerre du Karabakh. Udugov avait refusé de commenter.

     Cependant, il y a un certain nombre de déclarations, faites par des personnalités azéries et militaires, qui reconnaissent le rôle de Bassaïev dans la guerre contre les Arméniens au Karabakh. En 2005, par exemple, le colonel azéri Azer Rustamov, qui avait participé à la guerre du Karabakh, raconte qu'en 1992, "des centaines de volontaires tchétchènes nous ont apporté une aide inestimable dans ces combats menés par Chamil Bassaïev et Salman Raduev".

Le dernier à quitter Chouchi

"L'un des derniers combattants à quitter Shusha (le nom azéri de Chouchi) fut le volontaire tchétchène Chazmil Bassaïev" déclare Thomas de Waal dans son livre "Black Garden : Armenia and Azerbaijan through Peace and War - NYU Press, 2003) . Chouchi fut prise en mai 1992. Selon certains rapports des média russes, Bassaïev faillit de peu être capturé.

     En 2000, interviewé en Tchétchénie, Bassaïev dit à la télévision ANS d'Azerbaidjan: "Shusha vient de se rendre. Environ 700 Arméniens ont lancé une offensive, et ce n'était qu'un simulacre. Avec des troupes aussi fortes et un tel armement, surtout que Shusha elle-même occupe une position stratégique significative, une centaine d'hommes pourraient la tenir facilement pendant un an. Il n'y avait pas d'organisation. Aujourd'hui, nous pouvons prendre un général ou un ministre spécifique, nous pouvons juste les prendre et leur dire: vous l'avez trahie, vous l'avez prise et vous l'avez vendue. Ce ne sont que des paroles. Il n'y avait aucune direction. Personne n'était responsable de quoi que ce soit".

     D'après les derniers rapports russes, Bassaïev aurait dit au cours de sa carrière de combattant, que lui et son bataillon n'avaient perdu qu'une seule fois, et cette défaite était survenue au Karabakh. Il a continué en disant que la défaite était contre le "bataillon Dashnak"

Aucun signe de Djihad

Comme l'écrit Sanobar Shermatova dans un article sur "(Amir Ibn) Khattab and Central Asia" publié dans Moscow News le 13 septembre 2000 "Les combattants tchétchènes et afghans ont continué à combattre au Nagorno Karabalh jusqu'en 1994. Il faut remarquer que les vols Kaboul-Bakou transportaient des combattants afghans et au retour ramenaient des Tchétchènes pour être entraînés dans des camps près des villes de Kunduz et Taloqan, qui servaient aussi de bases à l'opposition Tadjik dont les unités militaires avaient entre-temps été chassées du pays et recueillies en Afghanistan.

     Bassaïev n'est pas resté longtemps au Karabakh, car il pensait que la guerre n'avait pas grand chose à voir avec le Djihad et était beaucoup plus une affaire de nationalisme. Dans une interview radiodiffusée par la chaîne ANS TV d'Azerbaïdjan, le 14 juin 2000, il dit: "Franchement, j'invite personnellement les moudjahiddines à sortir d' Azerbaïdjan. Nous ne sommes pas venus ici (au Karabakh) pour des gains personnels, mais pour le Djihad."

     Dans une autre interview, Bassaïev dit sur ANS: " Nous avons été grandement surpris par l'enthousiasme et le patriotisme dans les rangs et le personnel de l'armée azérie, et l'apathie et l'envie de gagner du temps parmi le corps des officiers. Nous n'étions pas venus là pour des trophées, mais pour le Djihad et pour servir la Cause de Dieu. Mais quand nous avons vu la situation, il n'y avait aucun signe de djihad. A chaque fois qu'il y a eu des victimes à cause du manque de talent et de la stupidité des officiers, simplement à cause de la stupidité des commandants, aucun commandant n'a été puni".

     Est-ce que Bassaïev aurait aidé les Azéris au cas où la guerre aurait de nouveau éclaté au Nagorno Karabakh ? Dans un rapport du journal d'Azerbaïdjan "Yéni Mousavat", intitulé: "Toute méthode peut être utilisée pour libérer le Karabakh", le directeur du Centre des Droits des Tchétchènes et journaliste indépendant Mayrbek Taramov écrit: "les dirigeants tchétchènes, par exemple Chamil Bassaïev, avaient l'habitude de dire qu'ils étaient prêts à aider l'Azerbaïdjan à reprendre le Karabakh. Les Tchétchènes sont prêts à conserver leur monde".

     "Les Tchétchènes ont prouvé une fois qu'ils étaient prêts à aider le peuple d'Azerbaïdjan une deuxième et troisième fois. Les Moudjahiddines tchétchènes considèrent que c'est là leur devoir sacré" ajoute Tamarov.

     Le peu de temps que Bassaïev a passé dans la région a été crucial pour sa "carrière", car, selon certains rapports, c'est à cette occasion qu'il a rencontré Amir Ibn Kattab, envoyé dans la région par Osama Ben Laden, pour participer à la guerre civile au Tadjikistan et aider les Azéris dans la guerre contre les Arméniens. C'est avec Kattab que Bassaïev plus tard a voyagé en Afghanistan.


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